Initiatives du 13 juin 2021 :

Un nuage assombrit l'approvisionnement alimentaire de la Suisse. Selon l'équipe de direction FRI, les effets négatifs de 2 oui auront les répercussions suivantes : la production va baisser de manière substantielle, ce qui forcera le tourisme alimentaire et affaiblira les circuits courts.

 

 

La production agricole va baisser de manière substantielle, ce qui renforcera le tourisme alimentaire et affaiblira les circuits courts. La Suisse dispose déjà d'un faible taux d'auto-approvisionnement (52%). Avec l'acceptation des initiatives, ce taux baisserait encore pour atteindre environ 35%.

La FRI est une institution apolitique, qui œuvre notamment à la durabilité de la filière agro-alimentaire. A ce titre, son équipe de direction prend position sur les deux initiatives «Eau propre» et «Pour une Suisse libre de pesticides de synthèse», qui seront soumises au peuple suisse le
13 juin 2021. 

Le constat est clair et sans appel : la Suisse dispose déjà d’un faible taux d’auto-approvisionnement de sa population (52 %). Avec l’acceptation des initiatives, ce taux baisserait encore, pour atteindre environ 35 %.

L’essentiel de notre alimentation serait alors importé et nous n’aurions plus aucun contrôle sur les modes de production délocalisés. Or il s’avère que les standards des pays d’importation sont dans la plupart des cas moins élevés que ceux de la Suisse et non directement contrôlables, comme c’est le cas pour les produits suisses. Les initiatives manquent donc leur cible, puisque leur acceptation occasionnerait des transports plus longs et une exportation des risques à l’étranger. Une hypocrisie pour Olivier Girardin.

"Les effets négatifs de 2 oui à ces initiatives auront les répercussions suivantes dans le Jura et Jura bernois : la production agricole va baisser de manière substantielle, ce qui renforcera le tourisme alimentaire et affaiblira les circuits cours : tout le monde sera perdant".

L’agriculture suisse se trouve à la croisée des chemins : un oui à l’une ou aux deux initiatives serait une remise en question des efforts fournis par les exploitations agricoles, la formation et le conseil qui améliorent de manière continue les techniques de production BIO et PER, afin de les rendre plus durables.

Lionel Gilliotte : « les produits du terroir du Jura et du Jura bernois sont tributaires d’une production de proximité. Un affaiblissement de l’agriculture régionale pourrait mettre à mal une partie de notre alimentation locale. La pression sur l’approvisionnement en fourrages et en concentrés aura sans nul doute pour conséquence une réduction de la production laitière et de viande et ne nous permettra plus de répondre à la demande croissante des consommateurs en recherche de produits régionaux : notre approvisionnement viendrait donc de pays bien moins respectueux que les produits de l’agriculture suisse ».

Véronique Frutschi Mascher : « Comme en médecine humaine, des efforts doivent encore être fournis pour diminuer l’emploi des antibiotiques et augmenter l’autonomie alimentaire des élevages.  Une stratégie nationale antibiorésistance (StAR) est en place depuis 2015. De nombreux projets qui touchent presque toutes les catégories d’animaux étudient, d’un point de vue pratique, les différentes manières de diminuer l’utilisation des antibiotiques sans prétériter la santé des animaux. Ce sont autant de pratiques innovantes qui sont appliquées dans les élevages et les font évoluer vers une plus grande durabilité. Introduire de telles directives de façon brutale aurait pour effet de freiner dangereusement toutes ces initiatives. Au final, c’est une régression que nous pourrions observer en matière de bonnes pratiques d’utilisation des médicaments vétérinaires, plutôt qu’une accélération du processus. La concurrence alimentaire des animaux de rente est également ciblée dans l’initiative « Eau propre ». Il faut rappeler que diminuer cette concurrence alimentaire fait partie des efforts fournis actuellement en Suisse pour tendre vers une agriculture plus durable et cela prend du temps. Obliger de passer brusquement à une concurrence alimentaire zéro aurait des effets négatifs et contraires à ceux même souhaités par les initiants. Les conséquences pourraient être graves, avec un recul rapide de la production alimentaire en Suisse compensé par une augmentation des importations de produits animaux élaborés dans un contexte moins contrôlé et potentiellement moins sûr ».

Claude-Alain Baume : « Ces initiatives ont des buts louables, mais la manière de les atteindre n’est pas la bonne. Si nos pratiques agricoles présentent un potentiel d’amélioration, il faut relever le fait qu’elles sont particulièrement durables en comparaison avec l’étranger. L’augmentation des importations de denrées alimentaires – induite par la diminution du taux d’auto-approvisionnement du pays – conduirait globalement à une augmentation des impacts négatifs de notre alimentation sur l’environnement. On ne résout pas des problèmes en les déplaçant chez ses voisins. Ce n’est pas responsable ! ».

Pierre-André Odiet : « Depuis des décennies, les agriculteurs suisses et de l’Arc jurassien en particulier, appuyés par la recherche agronomique, la vulgarisation et la formation, travaillent à limiter l’empreinte écologique de la production agricole. Ils adaptent en permanence leurs pratiques pour améliorer la durabilité de la production, préserver les ressources naturelles, la biodiversité, le sol et sa fertilité. L’innocuité de leurs pratiques sur la qualité des produits alimentaires est un souci permanent. Si à priori les deux initiatives semblent aller dans le même sens, leurs titres sont trompeurs et leurs contenus renferment de nombreux défauts cachés. Pour satisfaire aux exigences de l’initiative « Eau propre », de nombreuses exploitations n’auraient d’autre choix que de cesser leur activité ou de s’orienter vers la production hyper-intensive pour compenser la perte des paiements directs. L’initiative « Pour une Suisse libre de pesticides de synthèse » mettrait à mal les progrès réalisés par l’agriculture de conservation, qui ménage le sol et la biodiversité, mais nécessite à l’heure actuelle encore le recours, dans certains cas bien précis et dans un cadre très contrôlé, à quelques intrants. L’acception de ces deux initiatives stopperait net les progrès réalisés et à venir pour préserver l’environnement et la qualité des produits dans la production agricole. Pire, on assisterait à un recul dans ce domaine et l’empreinte écologique de la filière agro-alimentaire suisse en serait péjorée ».

Beat Knobel : « Comme cela est mentionné en introduction de cet article, en cas d’acceptation de ces initiatives, le taux d’auto-approvisionnement va encore diminuer. Cela va engendrer une importation de denrées alimentaires, soit directe, soit sous forme de tourisme alimentaire, produites à l’étranger et vraisemblablement avec le concours de pesticides. Nos standards de production végétale suisses sont très élevés et nous souhaitons garder la main mise sur la manière de produire ces denrées alimentaires en Suisse, afin de les profiler vers une agriculture saine, durable et de proximité.  Le monde agricole que nous formons à la FRI, les conseils prodigués sur la base notamment des bonnes pratiques agricoles et les transferts de la recherche vers la pratique font de ces agriculteurs de réels professionnels. Les stratégies de production végétale sont basées sur des approches dans lesquelles toutes les connaissances des agrosystèmes sont intégrées de manière à produire des denrées saines et de qualités ».

Fabrice Berret : « En interdisant l’apport de fourrages externes à l’exploitation, l’initiative rendrait quasiment impossible la production de volaille ou d’animaux de rente non-ruminants. Par ce fait, elle priverait l’agriculture du Jura et du Jura bernois de débouchés intéressants qui contribuent non seulement à offrir une production alimentaire de proximité à la population, mais qui offrent également une activité particulièrement rentable aux agriculteurs du Jura et du Jura bernois ».

Au nom de toute l'équipe de direction de la FRI (de gauche à droite) :

Julien Catellani, Olivier Boillat, Laurent Joliat, Fabrice Berret, Claude-Alain Baume, Pierre-André Odiet, Beat Knobel, Anaïs Neukomm, Olivier Girardin, Sylvie Bourquin, Gérald Buchwalder, Lionel Gilliotte, Véronique Frutschi Mascher