Interview avec Claude-Alain Baume, responsable du Département conseil, expertises & développement à Courtemelon et Loveresse (FRI).
StrataFRI – un nouvel outil pour consolider la stratégie de son entreprise et alléger la charge mentale au quotidien Claude-Alain Baume : présentez-vous brièvement, quels sont vos buts dans le conseil ? Je suis responsable du Département Conseil à la Fondation Rurale Interjurassienne. À la FRI, nos activités de conseil ont principalement pour but d’accompagner l’agriculture : ça peut être dans des démarches administratives en période de recensement, mais aussi dans des accompagnements techniques et économiques. On contribue aussi à des développements de projets. Dans ces projets, notre priorité est de créer de la valeur et contribuer à une amélioration de la qualité de vie des familles paysannes.
Pourquoi formuler sur le papier sa réflexion stratégique ? En fait, chaque entreprise a une stratégie. Elle existe toujours. Une stratégie c’est quoi ? Ce sont les réponses à quatre questions assez fondamentales : D’où est-ce que je pars ? Vers quoi je veux aller ? Quels objectifs je veux atteindre ? Qu’est-ce que je mets en œuvre, quand ? Chaque exploitant-e répond à ces questions-là. Le fait de les déposer sur le papier, ça permet d’en vérifier la cohérence. Et puis quand on effectue cet exercice, on se rend compte qu’il y a peut-être des choses qui ne sont pas idéales, qui nécessitent d’être un peu retouchées pour gagner en résilience et augmenter la sérénité sur les exploitations.
Vous avez développé le nouvel outil StrataFRI. Que permet-il ? Avec cet outil, l’objectif c’est que l’agriculteur, l’agricultrice, la famille paysanne au sens large, puisse effectuer cette démarche si possible de manière autonome, sans forcément l’appui d’un conseiller ou d’une conseillère. Pour ça, il faut une méthode. Cette méthode, les utilisateurs la suivent dans un fichier Excel. Cela ne nécessite toutefois pas de compétences particulières. Et puis, ils vont être incités à formuler des appréciations et priorisations sur un certain nombre de thématiques. On commence par analyser la situation de départ, les forces et faiblesses d’entreprise, mais aussi la situation des personnes. Ensuite, on analyse l’environnement, le contexte dans lequel évolue l’exploitation. Après, on va répondre à des questions sur la vision, la mission. La vision, c’est quoi ? La vision définit la direction générale vers quoi tend cette entreprise. C’est un cap. La mission précise l’utilité de l’entreprise, à quoi elle sert. Ensuite, on définit des objectifs quantitatifs, ce que l’on veut atteindre. Une fois les premières étapes passées il s’agit de définir les mesures à mettre en œuvre et dans quel ordre. A la fin, tout est synthétisé sur une seule page, parce que le cerveau humain a des capacités qui sont limitées. Il reste une dernière étape, c’est de permettre à chaque exploitant-e de vérifier la cohérence de la réflexion globale. C’est en cela que la démarche est particulièrement innovante.
Ne pensez-vous pas que cela puisse être perçu comme académique et peu concret et qu’au final cela rebute les exploitants ? J’ai l’impression, dans mon expérience auprès des exploitant-e-s, que les gens se torturent régulièrement avec des remises en question assez fondamentales, en fonction de la conjoncture du moment. Et les gens mettent beaucoup d’énergie à cela. Le fait de poser tout cela sur le papier, j’ai vraiment l’impression que ça permet de le faire une fois de manière approfondie. Il peut être pertinent de le réouvrir une fois par année pour savoir si on est dans le tir, mais le reste du temps, on avance et on évite de tout remettre en question parce qu’un élément conjoncturel, une hausse du prix du carburant, vient nous désécuriser. La démarche devrait amener de la sérénité. La démarche est très concrète dans les questionnements qui sont posés. Ce sont des questions que les gens se posent tous les jours. Le terme de stratégie, bien sûr, peut apparaître un peu académique, mais je suis convaincu qu’il y a une vraie plus-value pour les familles paysannes qui feraient cette démarche.
Justement, nous vivons actuellement deux crises en même temps, le prix du porc qui est bas et le prix du lait qui est catastrophique. Est-ce que vous pensez que cet outil StrataFRI est d’une utilité pour prévenir ces crises ? Dans la situation de crise actuelle, soyons clairs, on ne va pas agir avec cette démarche sur le prix du lait alors qu’il aurait besoin de remonter. On en est parfaitement conscient, tout comme pour le prix du porc. Ça ne va pas nous préserver de la maladie de la langue bleue ou de soucis en lien avec le pacage des animaux en France. Par contre, si on a fait une telle démarche en amont quand ce genre de crises apparait, ça permet de relativiser certains aspects. Si on est au clair sur ses objectifs quantitatifs, l’enjeu en tant que chef-fe d’entreprise, c’est de les atteindre. On cherche alors des solutions pour s’adapter et on est moins dans l’émotionnel qui ne nous met pas toujours en mouvement.
Où est-ce que je trouve cette démarche StrataFRI et comment procéder ? Vous vous rendez simplement sur le site internet de la Fondation rurale interjurassienne. Dans la petite zone de recherche, vous tapez StrataFRI. Vous allez tomber sur un article qui présente la démarche de manière bien plus approfondie que ce que je fais là.
- Retrouvez l’interview complète sur la chaîne Youtube « Fondation Rurale Interjurassienne » le lien QR suivant ou la page Facebook « FRI Agriculture ». https://youtu.be/w_Zi_bGZt4k
- Lien vers le fichier StrataFRI : StrataFRI – un outil pour consolider la stratégie de son entreprise et alléger la charge mentale au quotidien –

■ Propos recueillis par Olivier Boillat


