Place d'apprentissage

Raison sociale / NomLes Planchettes SA
NomAurélien Lüthi
AdresseRue des Planchettes 35
Localité2900 Porrentruy
Téléphone032 465 93 47
Emailaurelien.luthi@lespenates.ch
Raison sociale / NomLes Planchettes SA

Description de la place

L’agroforesterie : ça sert à quoi?

Le Congrès européen de l’agroforesterie (EURAF) s’est tenu en juin, du 22 au 26, à l’Université de Neuchâtel et dans les régions JU et JB. Près de 400 personnes – chercheurs, membres d’associations, agriculteurs, etc. – venus principalement de pays européens, mais également d’Inde, d’Indonésie ou de pays africains, sont venus présenter leurs travaux et échanger leurs expériences pour développer ensemble des savoir-faire agroforestiers. Une cinquantaine de participants ont également découvert les pâturages boisés des Franches-Montagnes, avant de se rendre à Grandfontaine lors d’une visite organisée par le Centre d’excellence et de compétence pour le développement de systèmes agroécologiques durables (CEDD-Agro-Eco-Clim). Pour rappel, le CEDD-Agro-Eco-Clim est une structure née il y a quatre ans d’une collaboration entre l’Université de Neuchâtel et la Fondation Rurale Interjurassienne. C’est notamment grâce à son existence que ce congrès a pu être accueilli en terres neuchâteloises. Ces 50 agroforestiers se sont donc retrouvés sur l’exploitation de Patrick Quiquerez à Grandfontaine, pour une visite animée également par l’agriculteur de Fahy,  Valentin Theubet. Les deux hommes font partie de la quinzaine d’agriculteurs jurassiens à avoir pris part au projet Agro4esterie, financé par la Confédération. Patrick Quiquerez a expliqué avoir commencé par planter des essences forestières (merisiers, noyers, érables, châtaigniers) sur 2 hectares dans ses grandes cultures et sur un hectare supplémentaire dans son parc à volailles. Il a ensuite ajouté 8 hectares à ses frais. Au total, cela correspond à près de 3’000 plants, arbres et arbustes confondus. La taille des arbustes, une fois les branchages broyés, lui permet de nourrir et de protéger ses sols, a-t-il détaillé devant un parterre pas avare de questions. L’amélioration de la qualité de ses terres est d’ailleurs son objectif principal. La plantation d’arbres dans les cultures permet d’offrir de l’ombrage, de favoriser tout un écosystème grâce à la matière organique générée et de mieux structurer le sol. Patrick Quiquerez et Valentin Theubet, tous deux exploitants bio, se disent convaincus par l’agroforesterie, tout en étant conscients qu’il faudra encore de nombreuses années pour que les mesures prises déploient tout leur potentiel.

Questions à Victor Egger, FRI, responsable projet Agro4resterie : « A quoi sert l’agroforesterie ? »

L’agroforesterie est un système de gestion des terres qui associe intentionnellement des arbres ou arbustes à des cultures agricoles ou à de l’élevage sur une même parcelle. Cette pratique durable optimise l’utilisation des ressources, améliore la fertilité des sols et favorise la biodiversité. Les avantages majeurs sont :

  • Protection de l’environnement : les arbres limitent l’érosion du sol par le vent ou de l’eau, favorisent l’infiltration de l’eau et séquestrent le carbone.
  • Microclimat : l’ombrage crée un effet tampon contre les températures extrêmes, protégeant ainsi les cultures et le bétail (1, 2)
  • Diversification économique : en plus des cultures ou de l’élevage, l’agriculteur peut récolter du bois d’œuvre, des fruits, du fourrage ou de la biomasse.

Jérémie Forney, co-directeur du CEDD-Agro-Eco-Clim et professeur à l’unine : « Quelles sont les découvertes scientifiques dans ce domaine et vaut-il la peine de les mettre largement en place dans le Jura et le Jura bernois, dans quels délais ? »

La recherche et les expérimentations pratiques en agroforesterie produisent de nombreuses connaissances dans des domaines très divers. Il ne s’agit pas de juste planter des arbres et les regarder pousser ! Que ce soit en articulation avec l’élevage ou des grandes cultures, se lancer dans l’agroforesterie demande une planification et une vision bien pensée. Ensuite, il y a un travail d’entretien à faire, que ce soit pour assurer la bonne croissance des arbres ou éviter la concurrence entre racines et cultures. Mais si c’est bien fait, les connaissances actuelles démontrent d’excellents résultats pour renforcer les capacités de production sur le long terme : améliorer la qualité du sol et matière organique, stopper l’érosion, protéger bêtes et plantes du chaud ou du vent, etc., gestion des ressources en eau, assurer un appoint fourrager, etc. Il est impossible de passer en revue le contenu de toutes les présentations du congrès. Mais un point peut être souligné, les défis se trouvent aussi au niveau administratif et politique, pas seulement technique. L’agroforesterie est hors-case, ni mesure environnementale pure, ni agriculture classique, ni forêt. Il en ressort pas mal d’incertitudes pour ses pionniers.

L’agroforesterie n’est pas LA réponse à tous les problèmes. C’est un outil à disposition du monde agricole et des filières pour s’adapter et assurer un avenir dans un environnement qui lui, changera de toute manière. L’agroforesterie n’est pas un mot d’ordre à mettre en oeuvre, c’est une question qui est destinée à chaque agriculteur-trice : et chez toi, qu’est-ce que des arbres pourraient apporter sur le long terme, pour tes bêtes, tes champs et pour la prochaine génération d’’agriculteurs aussi… en effet travailler avec les arbres cela demande de penser à l’échelle du temps long.

■ Propos recueillis par Olivier Boillat, FRI

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