Place d'apprentissage

Raison sociale / NomLes Planchettes SA
NomAurélien Lüthi
AdresseRue des Planchettes 35
Localité2900 Porrentruy
Téléphone032 465 93 47
Emailaurelien.luthi@lespenates.ch
Raison sociale / NomLes Planchettes SA

Description de la place

Elevage d’animaux de rente et climat – Que faire pour que les bénéfices prédominent sur les risques ?

La question nous est posée régulièrement: avons-nous encore besoin d’animaux de rente et en particulier des ruminants, dans un contexte de changement climatique, et vu l’impact qu’ils peuvent avoir sur le climat ? Lors du sommet « Agriculture et Climat » en novembre 2025 aux Grisons, le chercheur du FiBL, Florian Leiber devait répondre à cette question. Il a répondu sans hésiter par Oui, nous en avons besoin ! Il a néanmoins ajouté quelques conditions. Quels sont les bénéfices des animaux de rentes pour la sécurité alimentaire et l’environnement ? Quels sont les risques et comment les réduire au minimum ? Nous essayons ici de clarifier ces questions de grande importance.

Quelles sont les bases ?

Pourquoi est-ce que les ruminants sont si décriés par rapport au climat ?
  • Grâce à la symbiose avec des microorganismes, les ruminants sont capables de digérer les fibres des fourrages et ainsi valoriser des aliments qui ne sont pas utilisables directement par les humains. A partir des fourrages, les ruminants sont ainsi capable d’élaborer des aliments de haute valeur pour les humains, tels le lait et la viande.
  • Dans une symbiose, chaque organisme apporte au moins un élément utile à l’autre:
    – Le ruminant héberge les micro organismes dans un milieu protégé, à température constante et pH neutre et leur fournit de la nourriture.
    – Les micro organismes se nourrissent des fibres, aident ainsi à les digérer et fournissent de la protéine de haute valeur en étant ensuite eux-mêmes digérés.
    – Le ruminant apporte encore une fois sa contribution en préparant les fourrages par la rumination.
  • L’inconvénient de cette association est que cette fermentation doit se passer en milieu anaérobe (sans oxygène) et dégage du méthane, comme d’autres processus naturels.
  • Il est important de souligner que c’est un processus naturel qui n’a aucun effet sur le climat tant que le cycle du carbone reste fermé, c’est à dire qu’il y a un équilibre entre le carbone fixé par les plantes et le carbone rejeté par les ruminants. Dans ce système, aucun carbone fossile n’est utilisé ! Voir figure 7 ci-dessous.
  • Cependant, lorsque la production est intensifiée avec l’ajout de quantités importantes d’aliments concentrés venant de l’extérieur, le risque d’impact sur le climat augmente. De plus, avec la production des céréales et protéagineux destinés aux ruminants, de l’énergie fossile est introduite dans le système. Voir figure 7 ci-dessous.
    Photos et schémas de Florian Leiber
Pourquoi avons-nous besoin des ruminants pour la sécurité alimentaire ?

Traduit et adapté de la présentation de Florian Leiber, FiBL

  • Parce que les ruminants sont capables de produire efficacement des protéines de haute qualité pour l’alimentation humaine, à partir de fourrages qui ne sont, eux, pas utilisables directement par les humains !
  • Ainsi toutes les surfaces fourragères, peu ou pas utilisables pour les grandes cultures ou les cultures spéciales, contribuent à la production de nourriture et à la sécurité alimentaire. Les ruminants valorisent aussi les précieuses surfaces de prairies temporaires dans les zones de cultures. Cela n’est possible qu’à l’aide des ruminants !
  • Comparé aux monogastriques (porcs, volaille), les ruminants exercent une très faible concurrence alimentaire avec les humains :
    – Il faut 4,7 kg de protéines végétales pour produire 1 kg de protéine animale par les monogastriques
    – Chez les ruminants, l’importance de la concurrence alimentaire dépend du mode de production et d’alimentation:
    – Il faut seulement 0,5 kg de protéines végétales pour produire 1 kg de protéine de lait ou de viande via un ruminant nourri à base d’herbages, selon les directives Bio Suisse (maximum 5% de concentrés)1
    – Il faut 0,9 kg de protéines végétales via un ruminant nourri à base d’herbages, selon les directives européennes2
    – et 1,2 kg de protéines végétales via un ruminant avec une alimentation intensive – type ensilage de maïs et concentrés.
    Voir figure 2 ci-dessous.
Pourquoi avons-nous besoin des ruminants pour la préservation des ressources naturelles ?

Traduit et adapté de la présentation de Florian Leiber, FiBL

  • Parce que les ruminants contribuent fortement à la préservation des ressources naturelles et à leur utilisation !
  • Les ruminants contribuent également à préserver la fertilité des sols et la biodiversité ! Les engrais de ferme des bovins apportent au sol, de l’azote, du carbone, de la structure (capacité de rétention d’eau et capacité de rétention des nutriments), et des habitats propices aux insectes.
Quelles sont les conditions qui permettent de limiter les risques des animaux de rente ?

Traduit et adapté de Florian Leiber , FiBL

  • Si l’on considère l’ensemble des animaux de rente, en tenant compte de leurs avantages et désavantages, nous devons examiner les éléments suivants pour pouvoir respecter les limites planétaires et tenir compte du changement climatique: sécurité alimentaire, aspects culturels et éthiques, utilisation raisonnée des ressources, préservation de la biodiversité

    Combien d’animaux pouvons-nous nourrir en minimisant la concurrence alimentaire avec les humains ?
  • Une vaste étude sur l’impact, au niveau mondial, de l’alimentation des animaux de rente, avec ou sans concurrence avec l’alimentation humaine, a été conduite par le FiBL et ses partenaires il y a quelques années4. Les projections sur 2050 des effets d’une alimentation des animaux avec ou sans concurrence alimentaire (feed no food), ont une influence considérable sur l’environnement et le nombre d’animaux que l’on peut détenir de chaque espèce:
    – L’impact sur l’environnement est globalement très positif lorsque l’on passe du statut quo (animaux nourris comme actuellement) au cadre « feed no food » (pas de concurrence alimentaire). Par exemple, concernant le cycle de l’azote, les problèmes globaux liés au surplus d’azote diminuent nettement. Voir schéma ci-dessous.
    L’impact sur le nombre d’animaux que l’on peut détenir avec la règle « feed no food » : ce sont surtout les monogastriques, porcs et volaille qui diminuent car il est plus difficile de les nourrir sans concurrence avec l’alimentation humaine. Mais le nombre de ruminants reste stable, voir augmente concernant les ovins et les caprins. Voir schéma ci-dessous.
    A ce sujet, voir aussi l’article paru dans BioActualités3
    Voir encore l’article paru en décembre 2025 dans Recherche Agronomique: Müller et. al.5
Considérations sur le calcul des émissions de gaz à effet de serre (GES)
  • Il faut rappeler que l’effet de la production laitière sur le climat est calculé, au niveau international, sur la base des émissions de gaz à effet de serre (GES) exprimés par kg de lait.
  • Lorsque les émissions de GES sont calculées par kg de lait, sans tenir compte des émissions induites par la production des intrants (par exemple les concentrés), on obtient logiquement un meilleur résultat avec une production élevée de lait par vache.
  • Cependant, il ne faut pas oublier que l’effet des GES sur le changement climatique est la quantité de GES émise par un territoire, par exemple la Suisse, ou à plus petite échelle, la région, le domaine agricole. Se sont donc au final les GES émis par ha qui ont un impact sur le climat !
  • Si l’on regarde la totalité des GES émis, à l’échelle de l’exploitation et exprimés par hectare, ce sont les systèmes herbagés et bio qui obtiennent les meilleurs résultats, comparés aux systèmes intensifs, à haute production. Ces tendances ont pu être vérifiées dans le cadre d’un projet Interreg France-Suisse conduit par la FRI avec ses partenaires français. Les émissions de GES exprimées par kg de lait (ou kg de viande) ou par ha, ont été comparées sur environ 150 exploitations dans différents systèmes de production.
  • Cependant, si l’on présente les résultats uniquement par ha, il y a le risque de se focaliser sur la baisse des émissions et de négliger la production de lait et de viande, donc la production de denrées alimentaires !
  • C’est pourquoi, les systèmes de calculs peuvent indiquer les émissions par kg de lait, mais à condition d’indiquer au moins le degré de concurrence alimentaire, c’est à dire la part des aliments affourragés aux bovins (ou la part des protéines) qui auraient pu être directement consommés par les humains !

Schémas tirés de l’étude « Feed no Food » 2015, Christian Schader et al.

En résumé, que retenir ?

Le thème bovins – environnement peut être regardé de 4 points vue différents:

  • 1) La production bovine en Suisse est considérée comme une des meilleures d’Europe du point de vue environnemental. Pourtant, elle doit aussi, comme toutes les autres branches de l’économie, améliorer son emprunte environnementale pour pouvoir atteindre, ensemble, les objectifs climatiques de la Suisse ! Tendre vers ces objectifs, c’est aussi limiter les perturbations liées au changement climatique !
  • 2) Deux principales directions sont possibles actuellement en production bovine: d’une part le système intensif (high input), et d’autre part, le système basé principalement sur les herbages (low input).
    Actuellement, c’est plutôt le système à intrants élevés qui est encouragé et est le plus rentable dans le contexte politique et du marché, à condition de bien le maîtriser techniquement.
    Il y a relativement peu d’incitations à tendre vers le système « low input » (contributions pour le BIO, PLVH et mise au pâturage).
  • 3) Contrairement à ce que l’on entend régulièrement, nous pouvons affirmer que la production bovine est tout à fait défendable, également d’un point de vue environnemental et de sécurité alimentaire ! Toutefois avec certaines conditions de production, notamment une alimentation basée sur les herbages, avec un minimum d’aliments concentrés.
  • 4) Dans le contexte actuel de crise climatique, il faut reconnaître que le mode de production bovine avec beaucoup d’intrants est peu défendable, car il n’apport aucune amélioration au niveau de l’impact climatique de l’agriculture !
  • Donc, on peut affirmer que la production bovine a tout à fait sa place dans l’agriculture régionale et Suisse ! Nous avons de multiples raisons de la défendre !
    La profession a donc tout intérêt à rester unie, quelque soit le type de production, et à prendre le lead dans ces discussions ! Si elle ne le fait pas, le risque est très élevé que des décisions venant « d’en haut » soient prises, qui risquent d’être autoritaires et non équitables !

Présentation de Florian Leiber, FiBL (29-11-25) Avons-nous besoin des animaux de rente, des ruminants ?

[1] Basé sur les directives de Bio Suisse 2025

[2] Basé sur Mottet et al. 2017

[3] Article Bioactualités 2019, Ch.Notz: Contre la faim dans le monde: affourager de l’herbe aux bovins

[4] Article Scientifique Schader C, et al. 2015: Impact, au niveau mondial, de l’alimentation des animaux de rente sans concurrence avec l’alimentation humaine, projections sur 2050 (Impacts of feeding less food-competing feedstuffs to livestock on global food system sustainability)

[5] Article Scientifique Müller A. et al. 2025: Vers une augmentation significative du degré d’autosuffisance avec un moindre impact environnemental; Article original paru dans Recherche Agronomique Suisse, 12-2025: Résumé en français

Contact et infos: Véronique Frutschi, domaine production animale, FRI

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