Bien qu’il ne soit guère motivant de réduire la production de son troupeau, à fortiori lorsque l’exploitation a été touchée par la langue bleue l’année passée et que les fourrages sont d’excellente qualité cette année, une diminution volontaire et généralisée des ventes de lait d’industrie est nécessaire pour empêcher un effondrement encore plus important des prix. La diminution des concentrés distribués aux vaches laitières, la réforme anticipée de vaches ou encore l’engraissement de veaux, sont trois alternatives envisagées pour réduire les volumes de lait livrés et désengorger le marché du lait. Selon les calculs réalisés, le coût de cette réduction varie d’une situation à l’autre, selon le scénario et les options de réductions prises. Dans le meilleur des cas les mesures mises en œuvre peuvent améliorer le revenu de 2 centimes par kg de lait commercialisé. Dans les situations les moins favorables le revenu est directement dégradé de plus de 3 centimes par kg de lait commercialisé. Il faut toutefois considérer cela comme un investissement dont l’objectif est de faire remonter le prix du lait et/ou d’empêcher un effondrement encore plus important.
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Le contexte et les recommandations de Mooh
Les productrices et producteurs de lait font face à une situation alarmante. Le prix du lait n’a cessé de chuter ces derniers mois et, selon les prévisions de la coopérative Mooh, principal acheteur de la région, cette situation pourrait se prolonger jusqu’à l’été. La production laitière en décembre était de quelque 7.5% plus élevée qu’à la même période l’année dernière. Le marché est sous tension et les industriels, faute de capacités, craignent de ne pouvoir valoriser la totalité des quantités livrées. A ce jour, Mooh recommande une diminution des quantités de lait afin d’alléger le marché et de diminuer la pression sur les prix. Dans ce contexte, la question à laquelle chaque producteur-trice doit répondre est la suivante : « Sur mon exploitation, quelle solution est la plus adaptée pour diminuer ma production ? »
Deux situations de départ différentes : avec ou sans modèle de planification
Les enjeux sont les mêmes pour chaque exploitation laitière. Cependant, il est nécessaire de faire la distinction entre celles suivant le modèle de planification et celles suivant le modèle de base dans la mesure où le prix du lait dont elles bénéficient est différent.
- Exploitations avec modèle de planification mensuelle
Le modèle de planification impose aux productrices et producteurs d’inscrire à l’avance le volume de lait mensuel produit sur l’exploitation et de ne pas dépasser les volumes annoncés. En contrepartie, ce modèle permet de bénéficier d’une prime de 1.5 centime par kg de lait commercialisé. Selon les pronostics de Mooh, le prix moyen du lait d’industrie en production conventionnelle entre février et juin s’élèvera autour de 59.2 centimes/kg lait, incluant le supplément de 5 centimes versé par la Confédération, 50% du bonus tapis vert de 3 centimes ainsi que le bonus de 1.5 centime pour la planification. L’enjeu à ce jour est de ne pas dépasser les volumes fixés puisqu’une sur livraison génère une pénalité financière. Les quantités de lait excédentaires sont en effet désormais écoulées comme lait C au prix d’environ 27.5 centimes/kg de lait, supplément versé par la Confédération et bonus inclus.
- Exploitations sans modèle de planification mensuelle
Les exploitations suivant le modèle de base ne se voient pas sanctionner par des pénalités face au volume de lait produit. Cependant, leur prix du lait initial est moins intéressant. Selon Mooh, le prix du lait d’industrie en production conventionnelle devrait se situer autour de 53.2 centimes entre février et juin, incluant le supplément de 5 centimes versé par la Confédération. Ce prix est plus bas car environ 14.8% de la production totale est écoulé comme lait C indépendamment du volume commercialisé.
Simulation de la réduction de livraison de lait d’une exploitation type
Afin d’aider les producteurs-trices dans leurs réflexions nous avons effectué plusieurs simulations pour une exploitation exemple de 45 vaches laitières avec une commercialisation annuelle de 350’000 kg de lait d’industrie PER. Pour chacune des simulations, nous avons mesuré l’impact économique de 3 options de réduction des quantités commercialisées.
Trois options à choix pour réduire sa production en minimisant la perte de revenu
Trois options pour réduire la quantité de lait produit ont été investiguées : la réduction des apports de concentrés, la réforme anticipée de vaches laitières et l’engraissement de veaux.
- Option 1 : Diminuer les concentrés
La première option consiste à réduire la distribution de concentrés. Cette diminution a pour but de réduire la production de lait, tout en limitant les coûts d’alimentation. Il faut garder en tête que, selon les quantités distribuées en moins, cela pourrait prendre un certain temps avant de retrouver le niveau de production initial, si cela était souhaité.
Pour les productrices·teurs ne distribuant pas de concentré de production, la réflexion porte sur la réduction des concentrés énergétiques et protéiques. Cette diminution doit être réalisée de sorte que le bon équilibre de la ration soit maintenu. A souligner qu’un animal recevant moins de concentré mangera davantage de fourrage de base et qu’au final la baisse de la production laitière pourra être moins importante qu’attendue.
- Option 2 : Réformer des vaches de manière anticipée
La vente anticipée d’une ou plusieurs vaches de réforme représente une seconde option. Selon le stade de lactation dans lequel elle se trouve, l’impact de cette vente sur le volume de lait livré en moins est variable. Il convient néanmoins de considérer les limites de cette option notamment dans l’optique de revenir rapidement à l’effectif de vaches initial.
- Option 3 : Engraisser des veaux
Enfin, la troisième option est l’engraissement de veaux. Cette stratégie permet de valoriser une partie du lait autrement que par la vente de ce dernier et de ne pas impacter le troupeau de vaches. Elle nécessite toutefois de disposer de places disponibles dans les bâtiments et entraîne une charge de travail supplémentaire. De plus, il faut garder en tête qu’une augmentation importante de l’offre de veaux d’engraissement pourrait à terme faire baisser les prix et réduire l’intérêt économique de cette option.
Quels seraient les impacts financiers, par kg de lait commercialisé en moins, de la mise en œuvre de ces 3 options pour l’exploitation-exemple simulée ?
Les résultats des simulations sont synthétisés dans le tableau ci-dessous (Tableau 1). Les calculs détaillés peuvent être consultés sur le site de la FRI. A ce stade, ces résultats ne tiennent pas compte des coûts des sur livraisons dans le modèle de planification, respectivement des augmentations de prix en cas de diminution de la production dans le modèle de base.

Tableau 1 : Impact financier de la diminution de production laitières selon 4 scénarios et 3 options pour l’exploitation-expemple.
Les informations qui ressortent de ces simulations sont les suivantes :
- L’engraissement de veaux s’avère toujours être la variante la plus intéressante économiquement (Option 3). Pour autant que l’exploitation dispose de la surface de détention nécessaire, qu’elle maîtrise cette branche de production et qu’elle ne compte pas le temps investis, cette option ne « coûte » que quelque 0.5 centimes par kg de lait non commercialisé. Dans le cas où les prix de la viande de veau d’engraissement venaient à chuter de Fr. 2 .- en raison d’une offre trop importante sur le marché, l’impact économique serait modifié. Malgré cette diminution du prix, cette option resterait malgré tout la plus intéressante. Le coût par kg de lait commercialisé en moins se situerait autour de 18 centimes.
- Quel que soit le scénario de prix, la baisse des distributions d’aliment (Option 1) est à peine plus intéressante que la réforme anticipée de vaches (Option 2). L’impact financier se situe selon les simulations et les options entre 27 et 32 centimes par kg de lait produit en moins.
Quels seraient les impacts financiers, globalement de février à juin et par kg de lait commercialisé, pour l’exploitation-exemple de la mise en œuvre de ces 3 options ?
Les résultats des simulations sont synthétisés dans le tableau ci-dessous (Tableau 2). Les calculs détaillés peuvent être consultés sur le site de la FRI. A la différence du chapitre ci-dessus, les résultats tiennent désormais compte des coûts des sur livraisons dans le modèle de planification, respectivement des augmentations de prix en cas de diminution de la production dans le modèle de base.

Tableau 2 : Impact financier global de février à juin et par kg de lait effectivement commercialisé pour l’exploitation-exemple selon différentes simulations
Les informations qui ressortent de ces simulations sont les suivantes :
- Si l’exploitation est annoncée dans le modèle de planification, elle n’a aucun intérêt à commercialiser du lait au-delà de la quantité planifiée (Simulation A2). Cette opération diminuera son revenu de quelque Fr. 7’336.-, soit Fr. 4.4 centimes par kg de lait commercialisé.
- Si l’exploitation est annoncée dans le modèle de planification, une diminution volontaire du lait commercialisé de 7.6% de l’exploitation (Simulation A1) engendrerait une perte de quelque Fr. 2’609.-, soit 1.9 centimes par kg de lait commercialisé.
- Si l’exploitation produit dans le modèle de base et que, sans mesures de restriction, elle ne produit pas plus qu’à la même période il y a 12 mois, elle a tout intérêt à diminuer sa production laitière de 5 ou 10% par rapport à la même période 2025 afin de bénéficier des augmentations de prix de 2 et 4 centimes (Simulations B1 et B2). Cette opération contribue même à améliorer la situation économique de l’entreprise de 1 à 2 cts.
- Si l’’exploitation produit dans le modèle de base et que, sans mesures de restriction, elle produit plus qu’à la même période il y a 12 mois, ses résultats sont différents (Simulations B3 et B4). Une diminution de la production de 10% dont 5% au bénéfice de la prime supplémentaire de 2 centimes atteint presque la neutralité financière avec une petite perte de Fr. 442.- (Simulation B3). Par contre, une diminution de la production de 20% dont seulement 10% au bénéfice de la prime supplémentaire de 4 centimes génère un impact financier négatif de quelque Fr. 1’589.-, soit 1.3 centimes par kg de lait effectivement commercialisé (Simulation B4).
Quelles recommandations ?
Bien qu’il ne soit guère motivant de réduire la production de son troupeau, à fortiori lorsque l’exploitation a été touchée par la langue bleue l’année passée et que les fourrages sont d’excellente qualité cette année, une diminution volontaire et généralisée des ventes de lait d’industrie est nécessaire pour empêcher un effondrement encore plus important des prix. Selon les calculs réalisés, le coût de cette réduction varie d’une situation à l’autre, selon le scénario et les options de réductions prises. Dans le meilleur des cas les mesures mises en œuvre peuvent même améliorer le revenu de 2 centimes par kg de lait commercialisé et dans les situations les moins favorables le coût pour l’exploitation est de plus de 3 centimes par kg de lait commercialisé. Dans ce cas, on peut considérer cela comme un investissement dont l’objectif est de faire remonter le prix du lait ou d’empêcher un effondrement encore plus important.
Pour autant que l’exploitation dispose de la surface de détention nécessaire, qu’elle maîtrise cette branche de production et qu’elle ne compte pas le temps investis, l’engraissement de veaux est l’option la plus intéressante pour diminuer la quantité de lait commercialisé car elle a un impact financier pratiquement neutre.
Selon la situation de l’exploitation, les options de réductions de quantités livrées peuvent être combinées. A l’exception de l’engraissement de veaux qui est l’option la moins couteuse, les options « 1 Baisse des aliments par VL » et « 2 Réforme anticipée de vaches » ont des impacts financiers très proches.
Vous souhaitez effectuer une simulation pour votre exploitation ?
Le fichier Excel développé par la FRI pour rédiger cet article peut être téléchargé sur le site internet de la FRI. Les productrices et producteurs pourront ainsi adapter les chiffres à leurs propres situations afin d’apprécier mieux encore l’impact financier d’une baisse volontaire de la production sur leurs exploitations.
Vous souhaitez voir le détail des calculs effectué pour l’exploitation-exemple ?
Les détails des 6 simulations réalisées avec le fichier Excel développé par la FRI pour l’exploitation-exemple sont consultables ci-dessous :
A1 Modèle de planification avec réduction volontaire de 7.6%
A2 Modèle de planification avec surlivraisons de 14%
B1 Modèle de base avec diminution volontaire de 5% dont 5% par rapport à 2025
B2 Modèle de base avec diminution volontaire de 10% dont 10% par rapport à 2025
B3 Modèle de base avec diminution volontaire de 10% dont 5% par rapport à 2025
B4 Modèle de base avec diminution volontaire de 20% dont 10% par rapport à 2025
A l’heure de boucler le Terrien, les calculs spécifiques aux exploitations de lait Bio d’industrie n’ont pas été réalisés. Ils seront disponibles sur le site internet de la FRI tout prochainement.


