Colonisation d’une parcelle agricole par les Renouées asiatiques, photo ©InfoFlora
Le Canton du Jura a récemment publié de nouvelles Directives [voir l’article] fixant dorénavant des seuils précis à partir desquels la lutte est exigée contre certaines espèces de plantes envahissantes. Dans cet article, focus sur les Renouées asiatiques (Reynoutria japonica, sachalinensis et leur hybride), des géantes capables de percer l’asphalte et de transformer les berges en déserts verts.
Pourquoi lutter contre ces plantes ?
- Impacts sur la biodiversité : Formation de monocultures denses (jusqu’à 238 tiges/m²) qui étouffent toute la flore indigène par manque de lumière et allélopathie (composés chimiques). Empêchement de la régénération des arbres et arbustes en lisière de forêt. Elles sont classées parmi les 100 espèces les plus envahissantes au monde (par l’UICN, Union internationale pour la conservation de la nature).
- Impacts économiques : Dégradation des infrastructures : les rhizomes puissants traversent l’asphalte (5 cm d’épaisseur), fissurent les murs et les fondations. Érosion des berges : Les tiges meurent en hiver, laissant le sol nu et vulnérable au lessivage et aux crues. Coûts d’entretien exponentiels pour les routes, voies ferrées et cours d’eau.
Comment les reconnaître ?
Il s’agit de plantes vivaces imposantes, haute de 1 à 3 m selon l’espèce, formant des massifs denses.

Les Renouées asiatiques se reconnaissent notamment à :
- Leurs feuilles en forme de cœur, parfois tronqué :
- Renouée du Japon : feuilles ovales, base tronquée (coupée net), max 20 cm.
- Renouée de Sakhaline : feuilles énormes (jusqu’à 40 cm), base en cœur, dessous parfois velu.
- Hybride : caractéristiques intermédiaires.
- Leurs tiges tachetées à nœuds: tiges creuses, vigoureuses (diamètre > 2 cm), souvent teintées de rouge sombre (parsemées de points rouges/bruns). Aspect de canne de bambou, séparée par des nœuds.
- Leurs fleurs en grappes : petites fleurs blanc-crème, verdâtres ou rosées, regroupées en grappes à la base des feuilles (floraison de juillet à septembre).





Ne pas confondre avec :
- Les Bambous (ex: Phyllostachys spp.) : tiges ligneuses et également séparées par des nœuds mais persistantes et portant de longues feuilles étroites
- La Renouée à épis nombreux (Polygonum polystachyum) : autre espèce exotique envahissante mais plus petite (max 1,5 m), dont les tiges sont plus fines, les feuilles sont lancéolées (étroites) et les fleurs forment des épis dressés très denses.
- Le Raisin d’Amérique ou Raisin des teinturiers (Phytolacca americana) : également exotique envahissante. Ses tiges sont pleines (pas creuses), rouge vif, et elle produit des grappes de baies noires/violettes en automne.



Quelle est leur écologie et leur distribution ?
Milieux : colonise les berges de cours d’eau, lisières forestières, talus de routes/voies ferrées, décombres, chantiers, milieux perturbés. S’adapte à tout type de sol, supporte l’ombre et la pollution.
Reproduction : végétative exclusivement, par rhizomes géants qui s’étendent sur 7 m en largeur et 4 m en profondeur, capable de rester dormants 10 ans dans le sol avant de repousser, régénération extrême : un fragment de rhizome de quelques grammes (ou même une tige coupée) suffit à créer une nouvelle plante. Reproduction sexuée : la production de graines est quasi nulle en Europe (clones femelles), mais l’hybride peut parfois se reproduire sexuellement.
Comportement invasif : croissance ultra-rapide au printemps, allélopathie, dissémination quasi exclusivement par fragmentation issue de travaux de terrassement, transport de terres contaminées, crues emportant les tiges coupées.
Distribution : originaires d’Asie (Japon, Sakhaline), introduites comme ornementales et fourragères au 19ème siècle. Omniprésentes en Suisse, le long de tous les axes de communication et cours d’eau. Dans le Jura : très commune, colonise activement les berges des cours d’eau et les zones industrielles.


Quels sont les seuils d’intervention fixés pour ces espèces ?
Selon les nouvelles Directives cantonales jurassiennes entrées en vigueur le 11 juin 2026, les seuils fixés à partir desquels l’Etat peut imposer une lutte aux frais des propriétaire sont :
| Type de zone | Seuil de déclenchement |
| Zone agricole (SAU, alpages) | 1 m2/are |
| Zone naturelle prioritaire | 1 m2/are |
| Berges | 1 m2/are |
| Zone artificielle (routes, jardins publics) | 5 m2/are * |
| Zone forestière | 20 m2/are |
Pour rappel du principe-clé – Les seuils ne sont pas un objectif : intervenez dès la découverte des premiers plants. Plus la lutte est précoce, plus elle est simple et économique.
Comment lutter ?
Vu son caractère envahissant, si la présence de Renouées asiatiques est suspectée sur une parcelle jurassienne, il est recommandé de contacter la Station phytosanitaire pour valider la stratégie.
Principe-clé : Ne jamais utiliser d’épareuse ou débroussailleuse car déchiqueter les tiges dispersera la plante.
Nouveaux foyers / Petites surfaces ≤ 10 m² :
- Arrachage manuel ou mécanique : extraire tous les rhizomes. Creuser sur 50 cm de profondeur et 50 cm au-delà de la zone visible.
- Fréquence : 1x/an (avril-octobre) ou 7x/an pour l’arrachage manuel des jeunes pousses.
- Durée : minimum 3 ans + contrôles.
- Élimination : incinération ou décharge contrôlée. Jamais de compostage domestique ni dépôt en nature.
Grandes surfaces / Massifs denses > 10 m² :
- Fauches répétées afin d’épuiser la plante : faucher 6 à 8 fois par an, de mai à septembre (toutes les 3 semaines), dès que la plante atteint 60 cm. Durée : 5 à 10 ans minimum. C’est la seule méthode mécanique efficace pour les grands massifs.
- Stabilisation : Si éradication impossible, faucher 1-2x/an la périphérie (5 m de large) pour contenir l’expansion.
- Traitement chimique : faucher en juin, puis traiter les repousses (août-septembre) au glyphosate. Réservé aux zones hors protection des eaux.
- Élimination des déchets :
- Tout fragment est une nouvelle plante: bâcher les bennes de transport (pas de filets).
- Incinération ou décharge contrôlée. Jamais de compostage domestique ni dépôt en nature.
Points-clés :
- Zéro fragmentation : ne jamais broyer, ni faucher avec une épareuse ou laisser des tiges dans l’eau. Incinération, pas de compostage.
- Terres contaminées : considérer toute terre où il y a eu des Renouées comme contaminée sur 3-4 m de profondeur.
- Nettoyage : nettoyer parfaitement les machines et outils avant de quitter le site.
- Surveillance longue : les rhizomes dorment 10 ans. Un contrôle annuel est obligatoire même après disparition apparente.
N’attendez pas, dès la détection d’un foyer isolé de Renouées asiatiques, agissez immédiatement. Sur les grands massifs, la régularité des fauches est la clé. Signalez les nouveaux foyers à la Station phytosanitaire.
Plus d’informations:
La Station phytosanitaire se tient à votre disposition pour tout complément d’information : +41 32 545 56 00 ou phytosanitaire@frij.ch.
Pour plus de détails sur l’écologie de la plante, les moyens de lutte et sur les directives cantonales :
- Lien vers les nouvelles Directives cantonales relative à la lutte contre les plantes envahissantes – en vigueur dès le 11 juin 2026: Nouvelles directives cantonales Seuils de lutte contre les plantes envahissantes
- Lien vers la rubrique « Renouées asiatiques » site du Canton (menu déroulant): Plantes envahissantes – République et Canton du Jura
- Lien vers la fiche InfoFlora « Les renouées exotiques »
- Lien vers la fiche du Cercle exotique « Renouées asiatiques »
Prochain article : Sumac
Précédents articles :
– Plantes envahissantes : quand la lutte devient-elle obligatoire dans le Jura ?
– Souchet comestible
– Ambroisie à feuilles d’armoise
– Séneçon sud-africain
– Solidages américains
– Ailante glanduleux
– Impatiente glanduleuse
Station phytosanitaire du canton du Jura
+41 32 545 56 00 ou phytosanitaire@frij.ch


